Accessibilité numérique : Qui concerne-t-elle vraiment ?

En France, la loi impose depuis 2005 aux services publics de rendre leurs sites internet accessibles à tous, sous peine de sanctions financières. Pourtant, à ce jour, moins de 10 % des sites institutionnels respectent pleinement ces exigences.

Certaines plateformes privées s’engagent volontairement, tandis que d’autres ignorent encore leurs responsabilités. Les personnes concernées dépassent largement le cercle des utilisateurs en situation de handicap reconnu. Des millions d’individus se retrouvent régulièrement exclus de services essentiels, sans que la plupart des acteurs du numérique en aient pleinement conscience.

L’accessibilité numérique, un enjeu de société pour tous

L’accessibilité numérique ne s’adresse pas à un petit cercle d’experts ou à quelques initiés du secteur public. Elle concerne tous ceux qui, chaque jour, naviguent sur internet, remplissent un formulaire en ligne ou consultent une application. Les règles d’accessibilité numérique couvrent l’ensemble des services numériques : du portail d’une mairie à la plateforme d’une multinationale.

Réduire cette notion au handicap officiel serait passer à côté de sa portée. Un contraste trop faible, un menu difficile à trouver ou l’absence de sous-titres suffisent à mettre de côté une foule d’usagers : seniors, personnes temporairement diminuées, mobinautes ou tout simplement internautes avec une connexion faiblarde. Miser sur l’accessibilité, c’est améliorer l’expérience utilisateur pour tous, cultiver l’inclusion et renforcer l’audience des sites web.

L’accessibilité rejoint d’autres démarches : SEO, éco-conception, ou numérique responsable. Un site respectant les standards d’accessibilité gagne en visibilité sur les moteurs de recherche, charge plus vite et s’adapte mieux aux technologies d’assistance. Développeurs, designers, décideurs : il est temps d’intégrer ces exigences dès la genèse de chaque projet.

Voici quelques points-clés à retenir :

  • Accessibilité numérique : permettre l’accès pour tous, sans distinction.
  • Services numériques : englober aussi bien le public que le privé.
  • Expérience utilisateur : fluidifier la navigation pour chaque profil d’internaute.

L’accessibilité dessine les contours d’une société numérique plus juste, où nul n’est laissé sur le bord de la route, quelle que soit sa situation ou son équipement.

Qui est réellement concerné par l’accessibilité numérique ?

La question dépasse les débats d’experts et touche une multitude d’utilisateurs, parfois invisibles dans les chiffres officiels. Les personnes en situation de handicap restent les premières concernées : qu’il s’agisse de troubles visuels, auditifs, moteurs ou cognitifs, leur accès aux outils numériques dépend souvent de la qualité de conception. Près de 12 millions de Français, selon l’INSEE, vivent aujourd’hui avec une limitation fonctionnelle ; un chiffre qui met en lumière la nécessité d’un web qui s’adapte à tous, notamment via des technologies d’assistance comme les lecteurs d’écran ou les commandes vocales.

Les seniors forment un autre groupe majeur. Perte de vision, motricité réduite, adaptation plus lente aux nouvelles interfaces : pour eux, une interface accessible n’est pas un luxe, mais un levier d’autonomie. Et le spectre s’élargit : l’utilisateur lambda qui consulte un site sur son téléphone en plein soleil, ou qui doit composer avec un débit poussif, profite lui aussi d’un site conçu pour tous.

Quelques catégories illustrent l’ampleur du sujet :

  • Personnes en situation de handicap : accès réel aux démarches et services en ligne.
  • Seniors : navigation intuitive, adaptée à la perte de repères habituels.
  • Utilisateurs sur mobile : adaptation à tous les usages, partout.
  • Personnes avec connexion dégradée : accès rapide, même sur un réseau limité.

L’accessibilité numérique ne se limite donc à aucune étiquette : elle concerne chaque citoyen, chaque usage, chaque moment passé sur le web.

Obligations légales en France : ce que dit la loi et pourquoi il faut s’y préparer

Le cadre légal français place désormais l’accessibilité numérique au rang des priorités pour les acteurs publics, mais aussi pour certains opérateurs privés. Depuis la transposition de la directive européenne 2016/2102, chaque site ou service numérique lié à une mission de service public doit démontrer sa conformité au RGAA (Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité). Ce document de référence, régulièrement mis à jour, impose de multiples critères de contrôle : alternatives textuelles pour les images, couleurs contrastées, navigation entièrement possible au clavier, structuration logique des contenus.

Mais l’obligation ne s’arrête pas à la technique. Les organismes concernés doivent publier une déclaration d’accessibilité, affichant clairement le niveau de conformité de leurs produits numériques. Un schéma pluriannuel, accompagné d’un plan d’actions, rend la démarche lisible et vérifiable. L’enjeu : permettre à chacun, de l’usager du portail ministériel à l’habitant d’une commune rurale, d’accéder sans obstacle aux services en ligne.

Les contrôles sont bel et bien une réalité. La DGCCRF (direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) veille au respect des obligations. En cas de manquements, des mises en demeure et des amendes peuvent tomber. Le mouvement, d’abord porté par le secteur public, s’étend peu à peu aux entreprises privées proposant des services au public : banques, assurances, sites de ventes en ligne… Mieux vaut anticiper et intégrer l’accessibilité numérique dans chaque projet, car l’époque du choix est bel et bien révolue.

Jeune homme en fauteuil roulant utilisant un smartphone en extérieur

Ressources et actions concrètes pour améliorer l’accessibilité de votre site web

Pour répondre aux exigences d’accessibilité numérique, il est indispensable de commencer par un état des lieux. Lancer un audit accessibilité s’appuyant sur le RGAA permet d’identifier rapidement les points faibles : textes alternatifs pour les images, contrastes de couleurs suffisants, navigation fluide au clavier, organisation sémantique des pages.

Des outils spécialisés, tels que WebAIM ou Tanaguru, facilitent le repérage des erreurs fréquentes. Mais l’expertise humaine reste irremplaçable : faites tester vos pages par des personnes utilisant des technologies d’assistance. Leur retour met souvent en lumière des blocages insoupçonnés, invisibles pour une équipe technique classique.

Pour structurer une démarche sur la durée, il est conseillé de se doter d’un plan pluriannuel de mise en accessibilité. Priorisez les pages stratégiques, fixez un calendrier, affichez sans ambiguïté la déclaration d’accessibilité et indiquez un contact pour signaler les difficultés rencontrées. Le niveau de conformité (A, AA ou AAA) doit être clairement mentionné.

Voici quelques pistes concrètes à explorer :

  • Assurez la compatibilité mobile avec un responsive design adapté ;
  • Vérifiez que l’ensemble des fonctionnalités reste accessible sans souris ;
  • Fournissez des alternatives pour les vidéos et les documents à télécharger.

Adoptez la logique de l’amélioration continue. Les attentes évoluent, les usages aussi : gardez vos sites et services numériques accessibles, pour qu’aucun utilisateur ne se retrouve, demain, à l’écart d’un web qui devrait parler à tous.

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